La GovTech : Entrepreneurs pour le Secteur Public

Alex Margot-Duclot

29 September 2018

Le Sommet des GovTech aura lieu le 12 novembre à l’Hôtel de Ville de Paris. Inscrivez-vous ici.

Partout en Europe, des startups réfléchissent, fabriquent, testent des solutions pour le secteur public. Le numérique commence à transformer la manière dont l’État fournit ses prestations et interagit avec les citoyens. Nous n’en sommes qu’au début, mais le potentiel de transformation est considérable. Il est nécessaire d’en tirer le meilleur parti. Souvent absentes de la transformation numérique de l’Etat, les startups peuvent pourtant aider à réarmer nos services publics, transformer nos institutions et adapter l’action publique aux attentes et besoins nouveaux de notre temps.

Les startups GovTech travaillent pour des collectivités territoriales ou des administrations nationales. Elles partent des besoins de terrain et aident les acteurs publics à s’organiser, à traiter les données dont ils disposent mais aussi à créer des services nouveaux.

Côté secteur public, les besoins d’innovation et de transformation sont considérables. Ils touchent tous les secteurs : de la maintenance informatique aux solutions de paiement en ligne ; de la promotion des biens culturels et touristiques au traitement des procédures judiciaires ; de la gestion des flux de personnes au trafic routier ; du suivi des détenus à la lutte contre la pollution dans les grandes villes ; de la numérisation des infrastructures à l’évaluation des politiques publiques ; de la simplification des démarches administratives à la réinvention de la relation gouvernant/ gouvernés. Mobilité, transports, santé, sécurité, éducation – tous les secteurs sont concernés. Sans compter les services connexes (restauration, communication, recrutement) que l’État utilise “en interne”. Dans le monde, on estime le marché potentiel de la GovTech à près de 400 milliards d’euros par an.

Seulement, les relations entre startups et secteur public peuvent être compliquées. Malgré quelques passerelles, l’accès à la commande publique est difficile pour les startups. Les agents publics ne sont pas habitués à travailler avec des startups (et réciproquement), malgré des progrès importants réalisés en France, par la DINSIC notamment. Des procédures d’appel d’offres peu adaptées aux entreprises innovantes dissuadent les nouveaux entrants et favorisent les prestataires en place. Résultat, les startups se détournent du secteur public ; et l’État se prive d’une manne d’innovation dont il a pourtant fortement besoin.

Ce cadre est en train de changer. Les États européens comprennent le potentiel d’innovation apporté par la GovTech et les réflexions européennes en cours visent à favoriser son essor. En fait, cet écosystème bouillonnant est en pleine structuration. Quel cadre mettre en place pour assurer ces prestations dans les meilleures conditions ? Comment orienter les programmes de financement de startups pour développer de nouveaux outils pour le secteur public ?

A terme, l’objectif est de soutenir des cohortes de jeunes startups européennes dont les meilleures – celles qui développeront les meilleurs services, utiles, efficaces et sûrs – grandiront, passeront à l’échelle sur le continent, travailleront pour des collectivités ou des administrations nationales dans plusieurs pays d’Europe, fourniront de nouveaux services et viendront concurrencer les acteurs établis des « TIC » – souvent non-européens – qui aujourd’hui se taillent la part du lion. En soutenant des startups GovTech locales, en mettant en place le bon cadre réglementaire et législatif pour permettre leur essor, l’Europe a le potentiel de devenir le leader mondial de la GovTech.

Action publique et technologie

La GovTech touche au cœur le lien entre action publique et technologie. D’autres régions du monde voient des gouvernements s’emparer des outils numériques pour en faire un usage bien différent : accroître leur capacité de surveillance et de contrôle des populations, et non permettre l’émancipation des citoyens et l’amélioration de l’action publique. Au fond, le débat qui nous est offert est celui du modèle de gouvernement technologique que nous voulons pour l’Europe du 21eme siècle.

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Ce débat doit être mené. L’adaptation de nos institutions à cette nouvelle ère numérique est la grande responsabilité de la génération qui a grandi avec Internet. La GovTech présente quelques pistes de réflexion pour mener cette adaptation.

D’abord, elle considère la fourniture de services publics comme une composante essentielle de nos sociétés démocratiques. On parle ainsi de « gouvernement » pour évoquer cet ensemble administratif et institutionnel qui d’une part fournit services et prestations, et d’autre part inclut les citoyens dans une gouvernance démocratique commune. En fournissant de meilleurs services, ciblés, faciles à utiliser, adaptés à notre temps, on réduit la fracture démocratique et le ressentiment face à un État dont les prestations sont parfois considérées comme lourdes, inadaptées ou bureaucratiques – ce qui nourrit en retour un rejet du « système » parmi les citoyens qui financent ces prestations. L’amélioration des prestations est une composante essentielle de la transformation de notre Etat prestataire de services, et donc de l’amélioration de nos démocraties.

D’autre part, la technologie peut aussi transformer la manière dont les citoyens interagissent avec les institutions, interviennent dans la prise de décision collective et participent au déploiement de l’action publique. Le champ des civic tech réinvente profondément cette relation, et investit ce second aspect de la transformation technologique du gouvernement: le lien plus resserré, plus direct, entre gouvernants et gouvernés, qui ouvre la voie à une « démocratie d’exercice » où les citoyens ne sont plus les spectateurs passifs d’un gouvernement démocratique élu périodiquement, mais deviennent acteurs à part entière de son fonctionnement.

Améliorer les services publics en partant des besoins des citoyens ; impliquer les citoyens dans le déploiement de l’action publique : voilà les deux faces de la rénovation démocratique offerte par la GovTech. Deux faces complémentaires d’un « bon gouvernement » technologique qui traite de manière indissociable la prestation de services et la gouvernance démocratique.

Le potentiel de transformation est grand : imaginons demain des services publics locaux, ciblés, créés par des partenaires de l’Etat – startup, ONG, associations, intrapreneurs au sein de l’Etat – services dont l’utilisation par les citoyens prouvera l’utilité, et qui transformeront par la base la manière dont sont conçues les politiques publiques: en partant des besoins de terrain, en remettant le citoyen au centre, en permettant à des citoyens entrepreneurs de répondre à des problèmes publics qu’ils ont identifiés.

Ces partenaires de l’État peuvent en effet venir de plusieurs horizons. Nous voyons en Europe différents modèles émerger : des startups privées ou publiques, des associations qui utilisent les données et créent de nouveau services, des intrapreneurs comme les EIG ou les startups d’État, des consortiums ad hoc, des appels à projet orientées vers la création de nouveaux services.

Tous ces modèles sont complémentaires. Ils participent tous d’une révolution de « l’exécution » et de l’action sur le terrain. Il ne s’agit pas de sous-traiter tel service public existant à une startup, mais bien d’expérimenter de nouveaux services et des nouvelles solutions pour améliorer les services existants. Le « design thinking » a été précurseur dans cette approche : partir des besoins de terrain en s’appuyant sur des entrepreneurs, publics, privés ou associatifs, qui prennent l’initiative de résoudre avec les décideurs publics des problèmes locaux – au lieu d’attendre des décisions administratives lointaines et uniformes, peu adaptées aux spécificités des situations multiples auxquelles l’action publique locale est confrontée.

Chez PUBLIC, nous incubons et accélérons des startup GovTech, et mettons tout en œuvre pour faciliter leur réussite dans le secteur public – et contribuer ainsi à cette transformation. Le Sommet des GovTech, organisé le 12 novembre à Paris, permettra d’en discuter. Le débat est maintenant ouvert. Il ne fait que commencer, notamment à propos du meilleur cadre légal et réglementaire à établir, des meilleures incitations à mettre en place pour accompagner l’essor de ce secteur. Une chose est sûre : de nombreux entrepreneurs veulent résoudre les problèmes rencontrés par le secteur public. Sachons tirer profit de cet engouement et des possibilités offertes par les nouvelles technologies pour inventer le gouvernement technologique de demain. Nos sociétés démocratiques à bout de souffle crient l’urgence de se réinventer. Des citoyens de tous horizons, entrepreneurs pour le secteur public, portent les graines d’une transformation qui ne demande qu’à éclore.

Pour vous inscrire au Sommet des GovTech, visitez notre site.

By | 2018-10-01T21:53:35+00:00 September 29th, 2018|Tags: , , , , |0 Comments

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